CONTRATS JEUNES MAJEURS : FINANCER L’ACCOMPAGNEMENT VERS L’ÉCHEC ?

Personne ne contestera qu’il faille mettre en œuvre des moyens adéquats pour accompagner les jeunes majeurs sortant de l’aide sociale à l’enfance afin de les insérer dans le tissu social, en leur offrant l’opportunité de suivre des études et de préparer leur entrée dans la vie active. La seule question posée par cette évidence est de savoir pourquoi, alors que la loi prévoit déjà la mise en place d’un contrat jeune majeur jusqu’à leur 21 ans, ce contrat n’est presque jamais signé par les départements à leur bénéfice, ceci malgré les promesses des intervenants auprès des mineurs, auxquels ils font croire, pour maintenir leur placement en contenant leurs réticences, qu’ils obtiendront stages, appartement ou travail dès leur sortie, grâce au soutien de l’ASE. C’est un écran de fumée pathétique, comme nous le constatons chaque jour dans les dossiers et les témoignages qui nous parviennent : les juges des enfants les « libèrent » dès leur 18 ans en rechignant à leur proposer un contrat jeune majeur pour faire la transition entre les foyers ou les familles d’accueil, et l’âpre société des adultes qui les laisse s’enliser dans la précarité. L’argument de réponse des services est toujours le même : nous manquons de moyens, et il nous faut plus d’argent. Ils trouvent même d’anciens enfants placés pour relayer leurs exigences, alors que ce désastre social, à l’aune de cette logique déviante, s’amplifie depuis 40 ans.

Le gouvernement, sans doute désireux d’apporter des solutions, vient une nouvelle fois de céder au leitmotiv éprouvé des travailleurs sociaux, en allouant une enveloppe supplémentaire de 12 millions d’euros aux départements destinés à cette prise en charge pourtant déjà prévue par les textes et amplement financée. Or, la réalité des faits, toujours plus prosaïque, laisse apparaître des pratiques bien moins éthiques que ne l’alimentent les discours officiels. Si les mesures de placements, maintenues jusqu’aux 18 ans des enfants placés dans 80% des cas, sont abondamment financées par l’argent public et permettent à tout le système de la protection de l’enfance de disposer de 10 milliards d’euros par an, hors salaires et traitements, selon le CESE lui-même, les contrats jeunes majeurs, eux, coûtent à l’inverse de l’argent aux départements : ce n’est plus de l’argent qui rentre, mais de l’argent qui sort, et l’on comprend dès lors les réticences des services, dont beaucoup fonctionnent dans une indécente opacité, à en faire profiter les jeunes majeurs.

Pour être parfaitement objectif, il faut s’interroger sur la manière dont l’argent du placement est utilisé : profite-t-il aux mineurs ? Dans quelles conditions, pendant la durée de leur placement à l’aide sociale à l’enfance, sont-ils pris en charge ? Nous ne savons que trop, désormais, à quel point ces enfants sont niés dans leurs droits, négligés et violentés, proies faciles de la malveillance et  victimes de graves maltraitances institutionnelles, généralement dans la plus intolérable impunité. Comment croire, alors qu’un placement est financé à hauteur de 7000 euros par mois en moyenne et que malgré cette débauche de moyens l’ASE produit un quart des SDF vivant dans nos rues, que l’argent supplémentaire investi dans les contrats jeunes majeurs permettra leur réelle insertion dans la société ? Sommes-nous à ce point naïfs ou sensible à la désinformation de ceux que la protection de l’enfance nourrit ?

Allons-nous, encore une fois, financer un accompagnement vers l’échec ? La réponse politique qui consiste à mettre la main à la poche en accordant toujours plus de subsides à un système qui n’a jamais fonctionné, parce que sa dominante structurelle, la décentralisation, permet tous les abus, est une réponse de facilité qui ne résout aucun problème mais aggrave les difficultés déjà existantes. Cette politique ne sert qu’à amplifier le désastre social et la gabegie financière, car elle laisse de côté l’élément essentiel de l’équation : nous pourrons financer toujours plus abondamment les contrats jeunes majeurs en investissant de l’argent public à foison, mais si ces jeunes continuent à sortir de l’ASE dans le même état de délabrement humain et psychique qu’aujourd’hui, cela ne servira qu’à le gaspiller davantage. Pour que l’accompagnement des jeunes majeurs aient un sens, pour qu’il soit efficace et permette de leur offrir une vraie chance dans la vie, il faut d’abord veiller à ce qu’ils soient, tout au long de leur placement, pris en charge de la manière la plus bienveillante et la plus cohérente possible ; que le travail éducatif et social, fait en amont, leur procure toutes les armes nécessaires pour, ensuite, être en capacité de faire des études ou de s’intégrer dans une entreprise, pour qu’ils aient foi en leur avenir et dans la société. Ce n’est pas, par miracle, une fois atteint l’âge de la majorité qu’ils seront en mesure de se stabiliser et de se construire, après des années de souffrance, d’errance, de maltraitance, de chaos émotionnel. C’est tout simplement du bon sens : si nous n’avons pas, au cours du placement, protégé et sécurisé ces enfants en leur redonnant confiance, en prenant soin de leur apporter l’éducation, la culture et les outils administratifs nécessaires, nous n’en ferons jamais des adultes épanouis aptes à faire leur place dans la société. On ne répare pas une âme fracturée à coup de chèque en blanc.  

Combien de temps encore prendrons-nous les problèmes de la protection de l’enfance à l’envers ? Nous ne pouvons que saluer la démarche intellectuelle qui consiste à se préoccuper, enfin, des jeunes majeurs sortant de l’ASE et livrés à eux-mêmes ; de même que l’effort financier, quoiqu’insuffisant, consenti par le gouvernement. Mais en l’état actuel du système, cela ne sert à rien : c’est jeter l’argent par les fenêtres. Tant que les enfants mineurs seront détruits par l’institution censée les protéger, financer leur sortie de l’ASE n’a aucun sens. Et en l’absence de contrôles sur ces nouvelles dépenses et les conditions pratiques d’accès aux contrats jeunes majeurs, qui garantira qu’elles soient utilisées pour ceux auxquels elles sont théoriquement destinées ? 

 

Pour la Ligue française des droits de l'enfant

Le président,

Sylvain Moraillon

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Commentaires: 7
  • #1

    Bretaudeau (samedi, 23 février 2019 12:42)

    Bonjour
    J'ai travaillé plus de 10 ans en protection de l'enfance et plus particulièrement auprès de jeune majeur accompagné. Même si ces 3 à 4 dernières années nous ne pouvions quasiment plus les accompagner au delà de 18 ans (choix financier du département )... je ne peux pas vous laisser dire que ça n'a aucun sens même si je comprends bien la logique et ne peut qu'être en accord avec le fait qu'il est très important d'accompagner ces enfants et jeunes tout au long de leur parcours avec la plus grande bienveillance institutionnelle! Pour avoir accompagné beaucoup de jeunes majeurs, et certains jusqu'à 21 ans, je ne pouvais que constater qu'on leur donnait de vrais chances... Mais c'était vrai il y a 5 ans à 10 ans, possibilité de suivi qu'ils n'ont plus aujourd'hui... Peut être faudrait il parler des disparités d'un département à un autre concernant ASE (je ne parle ici du 49).
    Aussi, pouvez vous me renseigner concernant la somme de 7000 euros par mois et son calcul ? car selon mes informations j'aurais divisé cette somme presque par 2 pour un jeune placé en institution... mais peut être qu'il me manque des informations d'où mon questionnement

  • #2

    ben routier (samedi, 23 février 2019 16:36)

    Bonjour,

    Je salue votre commentaire qui est à mon sens tout à fait pertinent.
    Pour ce qui est des contrats jeunes majeurs, au regard de ce qui a était fait jusqu'à aujourd'hui, il a au moins le mérite d'exister, sauf qu'il n'est pas systématique, c'est ce qui peut expliquer une partie des 40% de SDF qui ont eu un parcours ASE.

    Là, où le bas blesse, c'est dans l'insuffisance de moyens, humains et financiers, quoi qu'on en dise (parce qu'un poste d'éducateur, coûte de l'argent), qui pourrait permettre aux jeunes, d'avoir une chance d'aller vers la résilience.

    la protection de l'enfance, et plus largement ,le social est de plus en plus financé par le privé, avec des objectifs économiques, et s'ils réussissent, ils ont une sur-prime, c'est à eux que va l'énorme masse d'argent, comme le disait, Lyes louffok, "mon placement a coûté 1 millions d'euro, et pour quel résultat ?"

    Alors ils coupent, dans les budgets, les postes de travailleurs sociaux, et même ferment des établissements, en transférant les enfants dans d'autres foyers déjà au bord ?de la rupture, rendant, les conditions de vies, insupportables, et bien-sûr avec la promiscuité, arrive la violence, les violences.

    Seuls gagnant ? Les financiers...... au prix du malheur des jeunes et des TS, car oui messieurs, dames, les travailleurs sociaux aussi souffrent et sont pour la grande majorité compétents, bienveillants et mettent souvent leurs vies aux services de leurs tafs(gagnent peu, en comparaison de leur niveaux, BAC +2,3,4 ou 5.

    Alors, après ce constat que faire? Mettre une vraie prise en charge des enfants, sans compter, augmenter les postes , les établissements, les familles d'accueils, les salaires des travailleurs sociaux, qui ont un travail très pénible, tant physiquement que psychologiquement, que les 3/4 d'entre nous ne voudraient pas faire.

    Ensuite, le CJM, doit être systématique, et le RSA jusqu'à 25 ans, s'il le faut après un suivit parfait lors de la minorité, un suivi au début de la majorité par un travailleur social, afin de rendre pérenne l'insertion.

    Je suis moi-même un ancien placé de 1984 à 1990, j'ai pu constater en retournant dans les établissements que j'ai fait et en me renseignant , qu'après 30 ans, les choses avaient bien peu évoluées.

    Espérons que les discussions actuelles, accoucheront d'un beau bébé, et pas d'un monstre maquillé par les banquiers.

    Merci.

  • #3

    Detrez (jeudi, 20 juin 2019 22:25)

    Que l'on arrête de mettre en avant les référents et assistantes sociales, concernant ces jeunes lorsqu ils sont en famille d accueil, le malin plaisir des services C est de les enlever de leur famille d accueil ou ils ont pour la plupart vécu pendant des années, alors l argent qu il serve aux familles d accueil car ce sont elles qui vont sortir ces jeunes de la précarité.......

  • #4

    pamartjocelyne (vendredi, 21 juin 2019 08:11)

    Travaillant pour l ASE depuis 16 ans je peux dire que nous avons réussi à sauver 3 gamins de cet infernal descente aux enfer qu'est la rue car ils on eu la chance de rester chez nous après leur majorité mais malgré cela je trouve qu'il n'y a pas assez de moyen pour certains de la continuité dans leur projet ..les familles d accueil étant pas trop aider pour aider le jeune .jspr que dans l avenir ils aideront mieux encore les jeunes et leur FA pour aller au bout du projet...ce n est que comme cela qu'il y aura un sens dans leur vie surtout quand ils arrivent petit et l' eux même envie de sen sortir. L intérêt est la ..

  • #5

    Florence (dimanche, 18 août 2019 17:16)

    Bonjour ma question est mon gendre est en foyer après avoir vécu en famille d accueil pendant 14 ans et on va lui suspendre ses aides en octobre alors sa référence lui dit d arrêter de trouver un patron pour poursuivre des études en BTS alternance
    Merci

  • #6

    cuiyan (dimanche, 20 octobre 2019 22:34)

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  • #7

    rodric camela (mardi, 22 octobre 2019 02:47)

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